Bien-être animal : aimer son chien ne suffit pas toujours
- Ludovic Berger
- 26 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 juin
Beaucoup de gens aiment profondément leur chien.
Mais aimer un animal ne veut pas toujours dire comprendre ce dont il a réellement besoin.
Le bien-être animal commence quand on accepte de regarder le chien non pas comme un “bébé”, un “copain”, un “objet d’amour” ou un “projet éducatif”, mais comme un être vivant avec ses émotions, ses besoins, ses limites et son animalité
Le bien-être animal, ce n’est pas seulement donner à manger, sortir son chien, lui acheter un beau panier ou lui faire des câlins.
C’est évidemment important. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire.
Le bien-être animal, c’est l’état dans lequel se trouve un animal quand ses besoins physiques, comportementaux et émotionnels sont suffisamment respectés.
L’ANSES définit le bien-être animal comme un état mental et physique positif, lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques, comportementaux et de ses attentes, en tenant compte de la manière dont l’animal perçoit sa situation.
Autrement dit : ce n’est pas nous seuls qui décidons si le chien va bien. C’est aussi ce que le chien vit, ressent, comprend et peut exprimer.
Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Parce qu’on peut aimer son chien sincèrement… et malgré tout passer à côté de certains de ses besoins.
On peut l’aimer et le sortir trop peu.
On peut l’aimer et l’exposer trop vite à des situations qu’il ne sait pas gérer.
On peut l’aimer et vouloir qu’il dise bonjour à tout le monde, alors qu’il demande juste de la distance.
On peut l’aimer et confondre excitation avec joie.
On peut l’aimer et penser qu’un chien “bien élevé” est un chien qui ne dérange jamais.
C’est pour ça que le bien-être animal ne doit pas servir à culpabiliser. Il doit servir à ouvrir les yeux.
La réglementation fixe souvent un minimum de protection, mais le bien-être réel va plus loin que “l’animal est nourri, soigné et pas maltraité”. Le ministère de l’Agriculture rappelle d’ailleurs que les normes minimales ne répondent pas forcément à toute la question du bien-être vécu par l’animal.
Pour le chien, respecter le bien-être, ce n’est donc pas chercher une vie parfaite. C’est chercher une vie cohérente avec ce qu’il est.
Un chien a besoin de sécurité.
De repos.
De mouvement.
D’exploration.
D’odeurs.
De contacts sociaux adaptés.
De pouvoir dire non.
De pouvoir s’éloigner.
De pouvoir apprendre sans peur.
De pouvoir être chien.
Et parfois, c’est là que notre amour devient maladroit.
Nous voulons protéger, mais nous enfermons.
Nous voulons socialiser, mais nous forçons.
Nous voulons éduquer, mais nous contrôlons trop.
Nous voulons rassurer, mais nous envahissons.
Nous voulons aimer, mais nous oublions l’animalité.
Aimer les animaux, c’est souvent partir de notre émotion à nous.
Respecter l’animalité, c’est accepter de partir de ce que l’animal est.
Ce n’est pas la même chose.
Aimer son chien, c’est vouloir son bonheur.
Respecter son animalité, c’est se demander ce que “bonheur” veut dire pour lui.
Déculpabiliser sans excuser
Il ne s’agit pas de dire aux humains : “Vous faites tout mal.”
Ce serait injuste et inutile.
La plupart des personnes font avec ce qu’elles savent, avec leur histoire, leur fatigue, leurs contraintes, leurs peurs, leur environnement, leurs croyances et parfois les mauvais conseils qu’on leur a donnés.
Prendre conscience, ce n’est pas se flageller.
C’est évoluer.
On a tous déjà fait des erreurs avec un chien. Moi le premier. L’important, ce n’est pas d’avoir été parfait depuis le début. L’important, c’est d’être capable de regarder autrement, d’apprendre, d’ajuster et de faire mieux.
Le bien-être animal commence souvent par une question simple :
“Est-ce que je fais ça pour mon chien… ou est-ce que je fais ça parce que ça me rassure, moi ?”
Cette question peut tout changer.
Petit outil simple pour tous
Avant de dire “mon chien va bien”, on peut se poser quelques questions :
Est-ce que mon chien peut se reposer vraiment ?
Est-ce qu’il a des moments où il peut explorer sans être constamment contrôlé ?
Est-ce que je respecte ses signaux quand il montre qu’il est mal à l’aise ?
Est-ce que je lui laisse parfois le choix ?
Est-ce que je lui demande de supporter des choses qu’il n’est pas encore capable de gérer ?
Est-ce que je confonds obéissance et bien-être ?
Est-ce que mon chien a le droit d’être un chien, avec ses besoins d’odeurs, de mouvement, de distance, de communication et d’autonomie ?
Ces questions ne sont pas là pour juger. Elles sont là pour observer.
Point science
Le bien-être du chien ne se résume pas à l’amour que nous lui portons. Une étude récente sur le lien humain-chien rappelle que cette relation doit aussi être pensée du point de vue du chien : ce qu’il vit, ce qu’il comprend, ce qu’il peut exprimer, ce qu’il peut éviter et ce qu’il peut choisir. Aimer un chien, c’est important. Mais respecter son animalité, c’est accepter que ses besoins ne soient pas toujours les mêmes que nos envies humaines.
Verbeek, P., Majure, C. A., Quattrochi, L., & Turner, S. J.
The Welfare of Dogs as an Aspect of the Human–Dog Bond: A Scoping Review
Animals, 2024, 14(13), 1985.
Mon avis en tant que pet-parent et professionnel du chien.
Aimer son chien, c’est beau.
Mais respecter son animalité, c’est encore plus profond.
C’est accepter qu’il ne soit pas là pour combler tous nos besoins humains.
C’est accepter qu’il ait les siens.
C’est comprendre qu’un chien n’a pas besoin d’être dominé, cassé, forcé ou contrôlé en permanence pour vivre avec nous.
Il a besoin d’être compris, guidé, sécurisé, respecté.
Et parfois, le plus grand acte d’amour, ce n’est pas d’en faire plus.
C’est de mieux observer.
De moins imposer.
Et de lui laisser la place d’être pleinement chien.
Posez vous avec lui, ralentissez, profitez de chaque moment avec votre loulou 🙏
Ludovic Berger

Commentaires